TRANSHEPATE : Témoignages Dons d'Organes
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Les Dons d'Organes
Hépatite fulminante : un réveil difficile

Il y a ceux qui attendent une greffe avec angoisse, impatience ou espoir. Ils se soignent et souffrent depuis longtemps et ils voient là, enfin, une solution à leur maladie. Et puis il a ceux qui, un jour, se réveillent avec le foie d'un autre et qui, comme l'on dit, " n'ont rien vu venir ", et c'est mon cas.

14 ans après, lorsque j'y pense, cet événement m'apparaît toujours comme un " cataclysme " et j'ai beaucoup de mal, à trouver les mots me permettant de dire tout ce que j'ai vécu et pensé pendant cette période de ma vie.

Certes, depuis quelques jours j'étais à l'hôpital ( mon médecin de famille m'y avait fait admettre d'urgence suite aux résultats des analyses qu'il m'avait prescrites car je me sentais très fatiguée) mais n'ayant jamais été malade, pour moi, la fatigue " ce n'était pas la mort ! ". Rien dans mon état ne m'alarmait. Mais, à votre insu des choses étranges peuvent se passer dans votre corps. Par exemple : (c'est ce que le médecin m'a expliqué bien plus tard ) vos anticorps ne font plus la distinction entre des cellules saines et des cellules malades et, sous un prétexte que je ne connais, pas attaquent votre foie et le détruit. Lorsque les symptômes d'une maladie hépatique apparaissent le processus de destruction est irréversible.

Et pendant que cette " guerre " se déroule sans bruit, à l'hôpital vous vous soumettez aux examens, analyses et à des interrogatoires répétés qui vous intriguent, sur vos habitudes, votre vie de famille, votre couple, enfin bref, les médecins veulent savoir si vous ne vous droguez pas, vous ne buvez pas et menez une existence " normale ". Tout ceci ne vous amène pas à craindre pour votre vie même si vous êtes en possession de toutes vos facultés intellectuelles.

Mais justement, ces qualités intellectuelles, sans crier gare, vont bientôt vous faire défaut et l'inconscience insensiblement remplacée votre insouciance. A partir de ce moment là vous n'êtes plus maître de votre vie. Votre sort est entre les mains de Dieu et des médecins qui sont, comme on le sait très bien, ses assistants pour les miracles. Sans avertissement vous avez été mis hors-jeu. Le monde c'est doucement effacé autour de vous, sans prémonition, sans douleur, sans effroi. Vous laissez toutes les angoisses du monde à votre famille.

Après 82 heures d'absence au monde (72 pour le coma et 10 pour la transplantation) la première chose que vous distinguez est une paire d'yeux très prés de votre visage et une voix qui vous somme de vous réveiller. Mais que se passe-t-il ? Vous ne pouvez ni parler ni bouger et surtout vous ne comprenez pas pourquoi vous êtes là.

Je ne parlerai pas du réveil après opération, tous les transplantés l'ont expérimenté, mais de la question que se posent tous ceux qui ont eu une hépatite fulminante: mais que m'arrive-t-il?

Il y 14 ans j'étais plus préoccupée par les études de mes 3 adolescents et mes propres engagements que par les progrès de la médecine. Et comme pour la totalité de mon entourage (y compris beaucoup de médecins) la greffe du foie faisait partie de la science fiction. On avait bien suivi l'histoire du grand et médiatique Docteur Barnard et de ses greffes cardiaques en Afrique du Sud et puis en France, le Professeur Cabrol faisait des merveilles. Les médias s'intéressaient aux greffés du cœur ; c'est bien connu le cœur ça fait rêver mais le foie c'est plus trivial ! Le hasard a voulu que toute ma famille ait pris conscience de la réalité de cette opération, à la télévision, à l'occasion d'une émission médicale le jour même de ma transplantation !

C'est vous dire l'abîme de perplexité dans lequel je me trouvais au réveil. Et lorsque je dis " abîme " ce n 'est pas une figure de style ; tout ce qui m'entourait me paraissait hostile, menaçant, agressif. J'étais seule, perdue, rien ni personne ne pouvait venir à mon secours. Tous ces désordres psychologiques étaient dus, je l'ai su plus tard, aux effets indésirables des médicaments. Ce n'est donc que 4 jours après mon réveil, lorsque j'eus enfin repris mes esprits et pus poser des questions précises aux infirmières de la réanimation que je réalisais la nature de mon opération.

J'étais renseignée mais non rassurée. Les questions se bousculaient dans ma tête. Pourquoi ? Comment ? Qui ? Et puis surtout est-ce que ça marche vraiment et pendant combien de temps ?

Une personne est venue apporter des réponses à mes questions. Elle m'a apaisée et m'a convaincue que la greffe n'était pas une catastrophe mais une formidable chance. C'était Eliane André, la présidente active et attentive de la toute jeune association TRANSHEPATE. Je l'en remercie encore.

Lorsque j'ai retrouvé mes forces j'ai adhéré et participé à l'association par reconnaissance. J'y ai trouvé soutient et matière à espérer.

Je me suis rendue compte aussi, que n'ayant pas vécu avant la greffe une maladie longue et quelque fois invalidante nécessitant une fréquentation assidue de l'hôpital et des médecins je n'envisageais pas la transplantation de la même façon que ceux qui l'avaient attendue et s'y étaient préparés. Cette opération je ne l'avais pas espérée mais les événements me l'avaient imposée. J'avais l'impression que ma vie m'avait échappé. Lorsqu'elle n'avait tenu qu'à un fil, elle avait été à la merci de la volonté d'autres personnes. Bien sur j'étais très reconnaissante à toutes ces personnes. D'abord, à celle qui avait dit "oui " à une coordinatrice, dans un hôpital, quelque part en France, qui lui posait la terrible question du don des organes de l'être cher qu'elle venait de perdre, et puis à tous ceux qui mettaient tout en œuvre pour l'opération de la dernière chance. Mais moi, j'avais été absente de tous ces événements. Cette parenthèse, ce trou noir m'a laissé pendant quelque temps l'impression étrange et désagréable que je marchais à coté de mon corps.

La vie autour de moi était si bouillonnante, si débordante si généreuse, mes proches si attentifs que peu à peu cette sensation s'est estompée mais son empreinte reste encore dans mon esprit.

La vie de la famille, de la maison et du travail me font souvent oublier que j'ai été transplantée il y a 14 ans et si la prise journalière des médicaments et leurs effets indésirables me ramènent à la réalité, c'est vraiment le moindre mal, vous en conviendrez avec moi !

NOELLE MATTEÏ .Transplantée à Paul Brousse en 1988.

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