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Lorsque nous annonçons à un malade que
son état nécessitera une transplantation
hépatique, sa première réaction - variable,
bien entendu, selon les personnes - est
dictée par la crainte de l'inconnu.
Même si l'existence des greffes d'organes
est aujourd'hui connue et leur succès avéré,
une opération qui va vous amputer d'un organe
vital pour le remplacer par un autre prélevé
sur le corps d'un inconnu reste traumatisante;
et surtout chacun se demande quelles sont
les chances le succès de l'intervention,
et quelle sera la qualité de vie après transplantation.
Le chirurgien et son équipe ont des réponses
objectives à ces questions. Cependant, même
si les statistiques - et l'état du patient
- leur permettent de rassurer le malade,
ce dernier aura souvent tendance à mettre
cet optimisme sur le compte de la "bonne
parole" médicale et à voir l'avenir plus
sombre que celui qu'on lui prédit. Par ailleurs,
le temps que peut passer l'équipe chirurgicale
à soutenir le moral du patient n'est pas
extensible. Pour aider les futurs transplantés
à surmonter leur angoisse et à envisager
plus positivement leur avenir, on peut faire
appel à des psychologues qui sauront analyser
leurs interrogations et les aider à maîtriser
leur peur de l'inconnu. On peut aussi leur
faire rencontrer d'anciens transplantés,
qui leur parleront tout simplement de l'expérience
qu'ils ont eux-mêmes vécue. Ces deux approches
peuvent être d'ailleurs complémentaires.
Nous avons choisi dans notre centre de développer
plutôt la deuxième : un groupe de transplantés
hépatiques opérés dans notre établissement
- faisant partie de l'association Transhépate
(Midi-Pyrénées) - s'est proposé pour rencontrer
les malades à notre demande.
C'est à l'issue du bilan pré-greffe, quand
le malade est inscrit sur la liste d'attente,
que nous lui proposons de rencontrer un
ancien transplanté qui pourra lui parler
de sa propre expérience.
Dans la quasi-totalité des cas, cette proposition
est accueillie favorablement, et les intervenants
peuvent alors se rendre auprès de l'intéressé.
Dans la mesure du possible, ils choisissent
en fonction de son profil (âge et sexe notamment)
le transplanté le mieux à même d'engager
un dialogue direct avec le patient.
Il faut de préférence que les personnes
qui interviennent soient des transplantés
"bien dans leur peau". qui ont bien réalisé
et apprécié ce que leur a apporté la transplantation.
D'un autre côté, il est important de ne
provoquer ces rencontres qu'après inscription
du malade sur liste d'attente. Dans le cas
contraire, la désillusion de se voir écarté
d'une voie qui a si bien réussi à d'autres
serait trop grande. Dans le même domaine,
lorsqu'un malade déjà inscrit sur la liste
d'attente en est malheureusement enlevé
pour des raisons liées à son état, c'est
aussi une épreuve pour ceux qui ont essayé
- et souvent réussi - à lui redonner de
l'espoir.
Il reste que dans la grande majorité des
cas, l'intervention d'anciens transplantés
s'avère positive : les patients en attente
sont plus confiants, et il est exceptionnel
qu'après ces rencontres un malade refuse
la transplantation, soit au moment de l'inscription,
soit, ce qui est plus grave, lorsqu'il est
appelé pour l'opération.
Enfin, cette pratique permet à l'ensemble
des transplantés de se connaître, de tisser
des liens d'amitié, de se soutenir dans
les petites ou grandes épreuves qu'ils pourront
rencontrer dans leur vie.
Je reste persuadé qu'en dehors du geste
médical et chirurgical, les conditions essentielles
à la réussite d'une transplantation sont
la confiance du malade et le soutien de
l'entourage familial et éventuellement amical.
Merci à tous les transplantés
qui nous aident dans
notre difficile mais exaltante mission !
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